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L'arrivée des vols à un aéroport est une véritable
mine d'or en termes de personnages en tout genre, venus
d'ailleurs... Celle des vols internationaux l'est d'autant plus que
la composante "touriste" est
multipliée.
Il y a les loufoques, les rigolos, les
attendrissants, les pathétiques, les perdus, les seuls, les
agaçants, les émus, les pressés, les impatients, les bronzés, les
amoureux (les pires !) ,les déçus, les nostalgiques, les
rêveurs…
Il y a ceux qui, enfermés dans leur bungalow
luxueux à cause d'Easy, la tempête tropicacal, ont compté les jours
avant de retrouver leur bulle dorée et
sécurisée.
Il y a les tourtereaux qui rentrent de leur lune
de miel. Ils sont reconnaissables à leur sourire niais et leur
regard inquiet de démarrer un quotidien fade et monotone à deux.
Ils savent qu'ils n'y échapperont pas.
Il y a les parents qui courent dans les bras de
leurs enfants qui font semblant de partager leur émotion.
Abandonnés depuis une dizaine de jours, ils rêvent déjà des
prochaines vacances "glace-chocolat-télé" chez Mamy sans se faire
gronder.
Il y a les couples aveuglés qui se tombent dans
les bras et se promettent de ne plus jamais laisser la distance les
séparer, jusqu'à la prochaine escapade en solitaire qui aura tout
de même le mérite de prolonger leur couple déjà en
péril.
Il y a les amis de longue date qui s'embrassent
chaleureusement, la peur au ventre que le temps ait eu raison de
leur amitié.
Il y a l'aventurier qui découvre un nouvel
aéroport et que personne n'attend jamais nulle
part.
Il y a les indécis, ceux qui, aux moments de
franchir la porte de sortie, se demandent encore s'ils ont pris la
bonne décision de traverser de l'Atlantique. "Une folie!"
pensent-ils.
Il y a les businessmen qui ne prêtent nullement
attention au cirque qui les entoure. Ils repèrent en un quart de
seconde la station de taxis, direction vers laquelle ils se
dirigent déjà d'un pas déterminé.
Il y a les malchanceux qui restent plantés au
milieu du hall, balayant désespérément la foule du regard. On les a
encore oubliés.
Il y a les blasés qui ont manqué leur
correspondance, et leurs valises. Non, Boston ne faisait nullement
partie de leur itinéraire, ils vont pourtant devoir y passer la
nuit.
Il y a les imbuvables aux lunettes de soleil,
perchées sur leurs hauts talons aiguilles, maudites par les autres
passagères : "Elle aurait ralenti tout le monde s'il avait fallu
évacuer l'avion d'urgence !".
Il y a les membres d'équipage dont LE membre
embauché pour sa plastique impeccable dont la perfection nargue
tous les jaloux, même après 8h de vol.
Il y a les locaux, désespérés devant tant de
niaiseries, navrés du fait que les gens puissent être si heureux de
se retrouver après un vol long ou moyen courrier, comme si la
survie n'était du qu'à une bonne étoile, justement celle à gauche
de la Grande Ourse qu'ils ont dépassé un plus tôt dans le ciel.
"Vivement que je sois à la maison !".
Il y a les frustrés qui n'en ont jamais assez, qui
regrettent encore, toujours, de ne pas les avoir dépensés,
les 200$, pour nager avec les dauphins dans la
piscine.
Il y a les célibataires qui rentrent...
Célibataires. Non, les vacances arrangées, on ne les y reprendra
plus !
Et puis...
... Il y a les GM ! Les Gentils Membres d'un
voyage organisé qui arrivent au compte goutte sous le regard
assombri d'un GO ! Gentil Organisateur ("La moyenne est encore
d'une soixantaine d'années. Au revoir, fantasme d'une belle fille
désabusée !").
Ils sont contents les GM, très contents même à
l’idée de partager des moments inoubliables pendant une
semaine avec leurs nouveaux amis dont ils s'empressent de faire la
connaissance. Ils ont des casquettes, au bout d'un cordon, des
lunettes, un bermuda et des chaussures de marche, sans oublier un
K-Way fièrement attaché à la ceinture. Ils sont parés à toute
intempérie, la beaufitude à l'état
pur…
Aujourd'hui, dans le troupeau, il y a le
photographe. Je l'ai ainsi surnommé "Le photographe de
l'aéroport".
Le photographe de l'aéroport, donc, c'est le plus
enjoué du groupe. Il parle fort, gesticule dans tous les sens, fait
la bise à tout le monde, maris et femmes confondus (chez lui, c'est
quatre).
Le photographe de l'aéroport, il est grand,
maigrichon, et blanc, très blanc. Au retour, il sera rouge, très
rouge. La crème solaire, c'est
ringard.
Le photographe de l'aéroport, il prend trois
places sur les cinq sièges disponibles du hall de l'aéroport. Il
déballe toutes ses affaires, du maillot de corps aux caleçons
kangourou, de la brosse à dent au rasoir. Il cherche avec fougue
son appareil photos emmitouflé dans les bas de sa
femme.
L'appareil photos du photographe de
l'aéroport, il est gros, il en impose, bien qu'un peu trop
compliqué d'usage avec toutes ces options ! Mais il fait déjà
parler de lui, Marie-Claude et Francis sont sans
voix.
Son ego et sa côte de popularité au top, le
photographe de l'aéroport, il en prend déjà plein, des photos: le
fast-food, le bureau de change, le Starbucks, Barack Obama grandeur
nature en carton. Il y est, en Amérique ! Enfin ! La grande, la
belle Amérique !
Mais ce que le photographe de l'aéroport préfère,
c'est tirer le portrait de ses nouveaux amis, le visage dégradé par
la fatigue, le changement de température, le décalage horaire et
trente ans de vie commune.
Qu'importe, le photographe de l'aéroport,
c’est lui qui recevra le plus d’e-mails insistants de
ses nouveaux amis de retour sous la grisaille parisienne pour qu'il
partage ses chefs-d'œuvres, et les
autres.
Le photographe de l'aéroport, il arrive de
Roissy, il est français, de la France !
...
Vive les vacances et vive la France
! (Vive la France et vive les
vacances ?!)
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